Études de Référence en Thérapeutique Cardio-Vasculaire

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> Objectif

Les études thérapeutiques répondant au plan de l'essai contrôlé avec répartition aléatoire (dites "randomisées") peuvent être considérées dans deux visées différentes. Dans une optique scientifique, elles représentent notamment la meilleure voie pour tester une hypothèse physiopathologique. Dans une perspective soignante, elles représentent une source d'information thérapeutique particulièrement sûre si elle est critiquée et analysée de manière rigoureuse ; leurs résultats sont extrêmement utiles au médecin pour informer honnêtement le soigné des bénéfices et des risques propres aux alternatives qui se présentent à lui, et pour lui donner un point de vue professionnel qui tienne compte effectivement de l'état actuel des connaissances.

Aussi, et depuis de très nombreuses années, dans notre activité soignante quotidienne, nous éprouvons le besoin de disposer de leurs résultats sous une forme aisément accessible, à défaut de pouvoir les mémoriser avec sécurité. Nous avons donc progressivement mis au point une forme relativement standardisée d'analyse et de résumé, améliorée à mesure que nous prenions conscience de ses insuffisances. La thèse de doctorat de l'une d'entre nous a été l'occasion d'une mise à jour générale en 1993, sûrement encore imparfaite, mais considérée par ceux qui l'ont utilisée comme potentiellement utile aux cardiologues (Elle a été diffusée, avec des études complémentaires, par les laboratoires Merck Sharp et Dohme, que nous tenons à remercier, et qui nous ont laissé une totale indépendance quant au contenu).

L'approche du résumé standardisé ne prétend en rien remplacer les rapports établis par les auteurs des études. Elle ne peut en aucun cas constituer une source suffisante pour la réalisation de méta-analyses, lesquelles répondent à des buts différents, et d'ailleurs variables d'un cas à l'autre.

Nous pensons utile de préciser les lignes directrices de ce travail.

1) Il répond aux problèmes thérapeutiques que se posent des cardiologues soignants, et non à des objectifs physiopathologiques. Nous nous sommes donc volontairement limités aux études dont le critère de jugement majeur correspond à un accident (ou à des accidents) provoquant des symptômes potentiellement irréversibles et généralement perçus comme un mal par les victimes : c'est par exemple typiquement le cas de l'accident vasculaire cérébral. C'est donc volontairement que nous avons d'emblée pris le parti d'exclure les études ayant comme critère majeur des caractéristiques biologiques ou physiologiques (cholestérolémie ou pression artérielle, par exemple), ou des symptômes ne correspondant pas à un accident irréversible (périmètre de marche dans l'artériopathie des membres inférieurs, ou nombre de crises angineuses quotidiennes, par exemple). En effet, dans ces cas, le soigné gagne généralement à ce que le soignant adapte le traitement selon ses propres réactions, plutôt que selon les résultats d'études qui ne font jamais une place suffisante à la diversité des réactions individuelles.

2) Nous n'avons retenu que les études dont les résultats étaient disponibles en respectant l'intention de traitement, c'est à dire que les groupes comparés dans l'analyse finale conservaient la composition réalisée par la répartition aléatoire : les sujets demeurent dans le groupe auquel ils ont été assignés, qu'ils aient ou non suivi le traitement prévu, et qu'ils soient ou non sortis de l'étude avant sa clôture. Cette méthode évite les biais potentiellement importants des analyses limitées aux sujets ayant continué le traitement prévu (avec pour conséquence, entre autre, la rupture de la similitude des groupes qu'on attend de la répartition au hasard).

3) Nous avons exclu les études de faible puissance statistique, pour deux raisons. D'une part, elles sont ininterprétables si elles concluent à l'absence de différence significative entre les groupes. Inversement, lorsqu'elles aboutissent à des résultats significatifs, leur interprétation est limitée par le problème du biais de publication, puisqu'il a été montré à plusieurs reprises qu'elles avaient alors une plus forte probabilité d'être publiées [1, 2].

Nous n'avons donc inclus que des études disposant d'une puissance appréciable, et si possible supérieure à 0,70.

4) Nous avons rejeté toutes les études dans lesquelles apparaissait un biais potentiel important. Notamment, le nombre de perdus de vue ne devait pas excéder 10 % pour le critère majeur.

5) Toutes les études ont fait l'objet d'une lecture par deux lecteurs. En effet, l'expérience acquise dans notre groupe de travail nous a montré qu'un lecteur unique commet fréquemment des erreurs de nature multiple : erreurs d'interprétation, erreurs de transcription des résultats, erreurs de calcul, etc. Elles demeurent tout aussi fréquentes avec un lecteur expérimenté et soucieux de les éviter, et il n'y a pratiquement pas de résumé dépourvu d'erreur (éventuellement sérieuse) après une simple lecture. Certaines erreurs n'ont été relevées qu'après une troisième lecture.

La double lecture porte sur la totalité des articles cités dans la bibliographie, sans exception. Nous n'avons pas recouru à la réalisation par chaque lecteur d'un résumé standardisé, avec une confrontation dans un second temps. En effet, les résumés sont trop longs pour que cette confrontation ne soit pas elle-même une nouvelle source d'erreurs. Nous avons opté pour une procédure où le premier lecteur établissait un résumé, que le second vérifiait point par point au cours de sa lecture (et complétait si nécessaire). Tous les calculs statistiques ont été également vérifiés par le second lecteur. Pour les 107 études publiées avant le 1er juillet 1993 (correspondant à la thèse de M.Gouton), la double lecture a été assurée par A. Froment et M. Gouton dans un ordre variable. Pour les études parues jusqu'au début 1995, la double lecture a été effectuée par deux des quatre membres de notre groupe de travail (E. Dumont, A. Froment, M. Gouton et F. Gueyffier), avec vérification du résumé standardisé en "triple lecture" par M.Gouton, afin de vérifier l'homogénéité de l'ensemble du travail. Par la suite, la double lecture a été faite uniquement par A. Froment et M. Gouton.

Malgré ces précautions, il est à peu près certain que quelques erreurs persistent, et nous serons reconnaissants au lecteur de nous les signaler le cas échéant.

6) Afin d'éviter le piège d'une analyse dépendante des résultats, nous avons toujours respecté (sans aucune exception) les modalités d'analyse prévues a priori par les responsables de l'étude. Malheureusement, on ne dispose pas toujours des preuves de ce caractère a priori. En effet, on se trouve rarement dans le cas idéal où les modalités d'analyse ont été publiées avant que l'étude elle-même ait commencé, ou au moins avant le début de l'analyse des résultats pour une étude en double aveugle. Dans le cas majoritaire où l'on ne dispose pas d'un protocole antérieur aux résultats, nous avons adopté les modalités d'analyses indiquées par les auteurs lors de la publication de ces derniers.

7) Afin de conserver aux tests statistiques leur valeur (laquelle serait compromise par la multiplication des tests), nous n'avons fait figurer des résultats de tests que pour le(s) critère(s) majeur(s) et éventuellement secondaire(s) mentionné(s) dans les publications, ainsi que pour la mortalité totale. Afin d'éviter des choix arbitraires, cette dernière est en effet toujours analysée, même lorsque la puissance disponible pour ce critère est insuffisante, car elle représente toujours une information capitale pour le soigné (et le soignant).

8) Les autres données figurent à titre purement indicatif, d'autant plus que leur choix fait intervenir notre subjectivité. Elles sont volontairement présentées sans test statistique (sauf si celui-ci était expressément prévu a priori).

Nous pensons toujours utile d'apporter des précisions sur la praticabilité de l'étude, car elles sont indispensables pour apprécier la conformité de l'intervention réalisée avec l'intervention projetée. Nous avons apporté des résultats numériques sur les effets latéraux, sur certains résultats complémentaires, et sur les analyses de sous-groupes prévues a priori par les auteurs.

Nous avons cru nécessaire d'ajouter des remarques personnelles sur la méthodologie et sur les problèmes "éthiques" éventuels.

Enfin, nous avons tenté de dégager le résultat principal de l'étude pour le critère majeur prévu par les auteurs.

1) Easterbrook P.J., Berlin J.A., Gopalan R., Matthews D.R. - Publication bias in clinical research. Lancet 1991 ; 337 : 867-72

2) Dickersin K., Chan S., Chalmers T.C., Sacks H.S., and Smith H. Jr. - Factors influencing publication of research results. Follow-up of applications submitted to two institutionnal rewiew boards. JAMA 1992 ; 267 : 374-8