Études de Référence en Thérapeutique Cardio-Vasculaire

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> Modalités et critères de sélection des études

Le recensement des études est basé notamment sur la lecture régulière des Current Contents et sur des recherches spécifiques par les méthodes traditionnelles et par Medline. Nous avons trouvé des sources complémentaires dans les ouvrages de Haïat et Leroy (3, 4) pour la période 1980-1994, ainsi que dans les nombreuses méta-analyses publiées au cours des dernières années. Il est sans aucun doute impossible d'éviter des omissions, et nous nous efforcerons de les corriger, au besoin avec un peu de retard.

Notre travail devait initialement inclure l'ensemble des pathologies rencontrées dans la pratique cardiologique et cardiovasculaire. Néanmoins, nous en avons volontairement exclu la pathologie veineuse thromboembolique, en particulier parce que les études contrôlées réalisées dans ce domaine ont le plus souvent été effectuées dans des contextes complètement différents de la pratique cardiologique courante (chirurgie générale ou orthopédique habituellement), ainsi que la pathologie cérébro-vasculaire aiguë, parce qu'elle est traitée en milieu neurologique. Nous avons, en revanche, retenu dans notre travail la prévention primo-secondaire de la pathologie cérébro-vasculaire, du fait de son incidence importante en cardiologie.

Décidés à respecter scrupuleusement les clauses indiquées dans le chapitre précédent, nous nous sommes évidemment heurtés à certaines difficultés, qui tiennent avant tout à des présentations ambiguës ou incomplètes dans les publications.

1) Les investigateurs n'ont pas toujours précisé clairement que l'analyse était faite selon l'intention de traitement (l'information étant heureusement le plus souvent présente ces dernières années). Nous avons néanmoins retenu les études où cette information faisait défaut, lorsque par ailleurs tout laissait supposer que l'analyse était faite selon l'intention de traitement.

2) Les indications sur la puissance de l'étude manquaient de façon non exceptionnelle, alors qu'elles sont de plus en plus habituellement présentes.

Nous rappelons que la puissance d'une étude désigne sa capacité à mettre en évidence une différence qui existe effectivement entre les traitements comparés. Si b est le risque de ne pas mettre en évidence une différence qui existe, la puissance est égale à 1 - b . Une puissance de 0,70 signifie donc que l'étude a 70 % de chance de détecter de manière significative la différence testée d entre les groupes comparés (au risque a prévu), si cette différence existe.

Nous avions initialement envisagé d'exclure les études dont la publication ne comportait aucune information sur la puissance. Ceci nous aurait conduit à ne pas retenir certaines études manifestement très puissantes (ISIS 2, par exemple), où le calcul d'effectif, permettant le calcul de la puissance, n'était pas mentionné. Dans les cas douteux, il nous a donc paru préférable d'estimer celle-ci a posteriori en recourant à la formule classique :

 où pa et pb sont les probabilités des incidents dans les groupes a et b pendant la durée de l'étude (nA et nB étant les

effectifs de ces groupes

n est l'effectif de chacun des groupes, supposés égaux (en cas d'inégalité n est tel que 2/n = 1/nA + 1/nB)

a est le risque de première espèce

b est le risque de seconde espèce, d'où l'on déduit la puissance (égale à 1 - b )

z est lu sur la table correspondante pour la probabilité indiquée en indice

Pour effectuer ce calcul pour une étude donnée, nous fixions arbitrairement a à 0,05 (qui est la valeur du p en dessous de laquelle le résultat est considéré comme statistiquement significatif) ; l'effectif était donné par la publication ; nous utilisions pour pb l'incidence du critère majeur dans le groupe contrôle pendant la durée de l'étude. La difficulté étant évidemment de fixer la différence (pa - pb), représentant la différence d'incidence attribuable au traitement testé, et afin d'éviter au maximum de faire intervenir notre propre subjectivité, nous avons eu recours, selon les possibilités, par ordre de préférence décroissante : .

- à la réduction relative de risque estimée par une méta-analyse des études disponibles pour des traitement similaires, testés dans des pathologies similaires.

- à la réduction relative de risque adoptée dans le calcul d'effectif par une étude aussi similaire que possible.

- exceptionnellement, à la réduction relative de risque observée dans une étude de grande importance, aussi similaire que possible.

Les incidences observées dans les groupes contrôles étant le plus souvent inférieures à celles utilisées dans les calculs d'effectifs (qui de ce fait conduisent à surestimer la puissance), nos modalités de calcul risquaient d'aboutir à une puissance globalement plus faible que celle des études pour lesquelles on disposait d'un calcul d'effectif a priori, dont la puissance est généralement au moins égale à 0,80. Pour cette raison, nous avons admis des études dont la puissance était, d'après notre estimation, au moins voisine de 0,70 (choix évidemment arbitraire).

Bien que l'évaluation de la puissance demeure approximative pour de multiples raisons, ce critère de puissance nous a parfois amenés à exclure certaines études généralement considérées comme de "grandes études". Si nous prenons l'exemple de la Physician's Health Study [5, 6], l'effectif de l'étude (22071 sujets) ne permet pas d'atteindre une puissance suffisante pour le critère défini comme étant le critère majeur (mortalité cardio-vasculaire) : b = 0,83 (soit une puissance de 17 %) pour a = 0,05 ; ce qui était très loin des exigences basales. Nous sommes bien conscients que si l'infarctus du myocarde avait été choisi comme critère majeur, la puissance aurait été largement suffisante (supérieure à 0,90), mais la rigueur de l'analyse que nous nous sommes imposée repose sur le respect des décisions prises a priori par les auteurs. D'autres études considérées habituellement comme importantes ont ainsi dû être rejetées.

3) La détermination des critères de jugement fixés a priori, fondamentale pour l'analyse critique, peut parfois poser des problèmes insolubles, devenus heureusement plus rares ces dernières années.

- Il n'est pas très fréquent qu'on dispose d'une publication nettement antérieure à la date de clôture de l'étude (article décrivant le protocole), indiquant sans ambiguïté le (ou les) critère(s) majeur(s) ayant servi au calcul d'effectif, ainsi que le (ou les) critère(s) secondaire(s). Dans les autres cas, il est permis de se demander si les critères indiqués lors de la publication sont exactement identiques à ceux qui avaient été prévus initialement.

- Certaines difficultés tiennent à une syntaxe ambiguë, dont la plus fréquente consiste à faire figurer plusieurs accidents reliés par un et, sans que l'on puisse savoir s'il était prévu de les utiliser comme des critères séparés, ou comme un critère combiné.

- On peut également manquer d'indication précise sur la hiérarchie des critères, dont on ne sait lequel a été fixé a priori comme devant être le critère majeur. Les indications à ce sujet peuvent être contradictoires au sein d'une même publication, ou d'une publication à l'autre pour la même étude.

D'une manière générale, nous avons adopté comme règles :

- de retenir strictement pour critères de jugement ceux qui étaient indiqués dans la publication préliminaire, sauf si les modifications ultérieures étaient clairement justifiées et mentionnées comme antérieures à toute connaissance des résultats ;

- en cas d'ambiguïté, de retenir constamment pour critère majeur celui qui avait été utilisé pour le calcul d'effectif ;

- à défaut, de retenir les critères annoncés comme tels, et sans ambiguïté, dans la publication terminale ;

- à défaut, d'utiliser l'exposé des objectifs de l'étude pour déterminer les critères apparaissant respectivement comme majeurs et secondaires, en précisant bien l'ambiguïté dans la critique méthodologique.

A ces critères, nous avons donc adjoint systématiquement la mortalité totale, en précisant si elle figurait parmi les critères fixés a priori par les auteurs.

Nous rappelons que si nous n'avons retenu en principe que les études dont le critère de jugement majeur était un accident clinique plus ou moins irréversible, nous avons fait quelques exceptions - dont nous admettons qu'elles sont contestables - tenant à des critères mixtes associant un accident clinique et une caractéristique d'autre nature (c'est le cas dans les études SAVE et SCATI). Le lecteur a en effet toute possibilité d'interpréter ce type de critère, notamment en fonction de la part respective des composantes du critère dans le nombre total des sujets répondant au critère combiné.

4) Les effectifs des perdus de vue, que nous avons voulus inférieurs à 10 % pour le critère majeur, sont quelquefois omis dans les publications. Dans ce cas, nous n'avons pas exclu l'étude de notre analyse, mais simplement signalé que le nombre de perdus de vue n'était pas indiqué.

5) Toute étude laissant suspecter un biais grave a été exclue. C'est par exemple le cas de MAPHY [7] (sous-étude de HAPPHY, étude comparant diurétiques et b -bloqueurs dans l'HTA), pour laquelle on a de sérieuses raisons de penser qu'il s'agit d'une étude décidée a posteriori et dépendante des résultats d'HAPPHY. L'étude américaine de la sulfinpyrazone dans le post-infarctus a été maintenue, malgré des fautes méthodologiques manifestes de la part des auteurs, grâce à la correction apportée plusieurs années après la parution de l'étude par les experts de la FDA.

Comme il était impossible de faire figurer dans notre travail l'ensemble des études rejetées avec leurs causes d'exclusion, nous avions pris le parti de n'en faire figurer aucune ; néanmoins nous avons accepté quelques études contestables, en faisant part des éléments litigieux, et afin de laisser le lecteur juge.

 


Références bibliographiques

3) Haïat R., Leroy G. - Les grands essais cliniques en thérapeutique cardiovasculaire. Editions Frison-Roche. Paris 1991

4) Haïat R., Leroy G. - Les grands essais cliniques en thérapeutique cardiovasculaire - II. Editions Frison-Roche. Paris 1996

5) The Steering Committee of the Physician's Health Study Research Group. - Preliminary report : Findings from the aspirin component of the ongoing Physician's Health Study. N Engl J Med 1988 ; 318 : 262-4

6) Steering Committee of the Physician's Health Study Research Group. - Final report on the aspirin component of the ongoing Physician's Health Study. N Engl J Med 1989 ; 321 : 129-35

7) Wikstrand J. et al. - Primary prevention with metoprolol in patients with hypertension. Mortality results from the MAPHY Study. JAMA 1988 ; 259 : 1976-82

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